Je lis.

Je lis.
Je lis leurs yeux
Je lis leur voix
Je lis leurs baisers.
Je devrais arrêter de lire :
Toutes les pages sont tournées
Et je me crève les yeux
Je m'explose les oreilles
Je me brûle la peau.


Le plus important dans tout ça, c'est que vous, vous restiez intacts.

Quentin

# Posté le vendredi 03 août 2007 17:46

"Le levant s'était mis à souffler... Il amenait les Maures sans doute, mais il apportait aussi l'odeur du désert... Il apportait la sueur et les songes des hommes qui étaient partis en quête de l'Inconnu, en quête d'or, d'aventures, et de pyramides."

"Le levant s'était mis à souffler... Il amenait les Maures sans doute, mais il apportait aussi l'odeur du désert... Il apportait la sueur et les songes des hommes qui étaient partis en quête de l'Inconnu, en quête d'or, d'aventures, et de pyramides."
Le berger s'en alla, déçu, et bien décidé à ne plus jamais croire aux songes. Il se rappela qu'il avait diverses choses à faire: il alla donc chercher de quoi manger, changea son livre contre un autre, plus gros, et s'en fut s'asseoir sur un banc de la place pour goûter à loisir le vin nouveau qu'il avait acheté. C'était une journée chaude, et le vin, par un de ces mystères insondables comme il y en a, parvenait à le rafraîchir un peu. Ses moutons se trouvaient à l'entrée de la ville, dans l'étable d'un nouvel ami qu'il s'était fait. Il connaissait beaucoup de monde dans ces parages - et c'était bien pourquoi il aimait tant voyager. On arrive toujours à se faire de nouveaux amis, sans avoir besoin de rester avec eux jour après jour. Lorsqu'on voit toujours les mêmes personnes, comme c'était le cas au séminaire, on en vient à considérer qu'elles font partie de notre vie. Et alors, puisqu'elles font partie de notre vie, elles finissent par vouloir transformer notre vie. Et si nous ne sommes pas tels qu'elles souhaiteraient nous voir, les voilà mécontentes, car tout le monde croit savoir exactement comment nous devrions vivre.

Mais personn
e ne sait jamais comment il doit lui-même vivre sa propre vie. Un peu comme la bonne femme des rêves qui ne savait pas les transformer en réalité.
Il déci
da d'attendre que le soleil baisse un peu, avant de repartir dans la campagne avec ses brebis. Dans trois jours, il allait revoir la fille du commerçant.

Il commença à lire
le livre que lui avait procuré le curé de Tarifa. C'était un volume épais et, dès la première page, il y était question d'un enterrement. En outre, les noms des personnages étaient extrêmement compliqués. Si jamais il lui arrivait un jour d'écrire un livre, pensa-t-il, il introduirait les personnages un à un, pour éviter aux lecteurs d'avoir à apprendre leurs noms par c½ur tous à la fois.

Alors qu'
il arrivait à se concentrer un peu sur sa lecture (et c'était bien agréable, car il y avait un enterrement dans la neige, ce qui lui donnait une sensation de fraîcheur, sous ce soleil brûlant), un vieil homme vint s'asseoir à côté de lui et engagea la conversation.
« Qu
e font ces gens ? demanda le vieillard, en désignant les passant sur la place.
- Ils travaillent
», répondit le berger, séchement; et il fit semblant d'être absorbé par ce qu'il lisait. En réalité, il songeait qu'il allait tondre ses brebis devant la fille du commerçant, et qu'elle serait à même de constater qu'il pouvait faire des choses bien intéressantes. Il avait déjà imaginé cette scène des dizaines de fois. Et, toujours, il voyait la jeune fille s'émerveiller quand il commençait à lui expliquer que les moutons doivent être tondus de l'arrière vers l'avant. Il tâchait aussi de se rappeler quelques bonnes histoires à lui raconter tout en tondant les bêtes. C'étaient, pour la plupart, des histoires qu'il avait lues dans des livres, mais il les raconterait comme s'il les avait vécues lui-même. Elle ne saurait jamais la différence, puisqu'elle ne savait pas lire dans les livres.

Le vieillar
d insista, cependant. Il raconta qu'il était fatigué, qu'il avait soif, et demanda à boire une gorgée de vin. Le garçon offrit sa bouteille; peut-être l'autre allait-il le laisser tranquille.
Mais le vieil homme voulait absolument bavarder. Il demanda au berger ce qu'était le livre qu'il était en train de lire. Celui-ci pensa se montrer grossier et changer de banc, mais son père lui avait appris à respecter les personnes âgées. Alors il tendit la bouquin au vieux bonhomme, pour deux raisons: la première était qu'il se trouvait bien incapable d'en prononcer le titre; et la seconde, c'était que, si le vieux ne savait pas lire, c'était lui qui allait changer de banc, pour ne pas se sentir humilié.

« Hum
! fit le vieillard, en examinant le volume sur toutes ses faces, comme si c'eût été un objet bizarre. C'est un livre important, mais fort ennuyeux. »
Le
berger fut bien surpris. Ainsi, le bonhomme savait lire, lui aussi, et avait déjà lu ce livre-là. Et si c'était un ouvrage ennuyeux, comme il l'affirmait, il était encore temps de le changer pour un autre.
« C'e
st un livre qui parle de la même chose que presque tous les livres, poursuivit le vieillard. De l'incapacité des gens à choisir leur propre destin. Et, pour finir, il laisse croire à la plus grande imposture du monde.
- Et quelle
est donc la plus grande imposture du monde ? demanda le jeune homme, surpris.
- La voici:
à un moment donné de notre existence, nous perdons la maîtrise de notre vie, qui se trouve dès lors gouvernée par le destin. C'est là qu'est la plus grande imposture du monde. - Pour moi, cela ne s'est pas passé de cette façon, dit le jeune homme. On voulait faire de moi un prêtre, et j'ai décidé d'être berger.
- C'est mieux ainsi, dit le vieillard. Parce que tu aimes voyager. »
« Il a
deviné mes pensées », se dit Santiago.



××××××

« Le c½ur a peur. Les c½urs des hommes sont ainsi. Ils ont peur de réaliser leurs plus grands rêves, parce qu'ils croient ne pas mériter d'y arriver, ou ne pas pouvoir y parvenir. »

« Ne t'abandonne pas au désespoir. Souviens-toi d'un vieux proverbe qui dit que l'heure la plus sombre est celle qui vient juste avant le lever du soleil. »

« Une quête commence toujours par la Chance du Débutant et s'achève toujours par l'Épreuve du Conquérant. »

« Celui qui vit sa légende connaît ses besoins. Il n'y a qu'une chose qui puisse rendre un rêve impossible: c'est la peur d'échouer. »


××××××



L'alchimiste, Paulo Coelho


pix: Tunisie 2007
Fanny

# Posté le vendredi 17 août 2007 07:16

Modifié le vendredi 17 août 2007 08:06

Froid.

Froid.
*
Comme tous les jours, j'écris. Cette fois, comme souvent ces temps-ci, dans un marasme glacial. Tant de rêves pour choyer mon imagination, tant de musique pour séduire mes sens, tant de plaisirs pour réchauffer mes pensées ; mais lorsque je suis seul, ou du moins lorsque je me crois seul, face à l'invisible miroir qui se dresse sans cesse face à mes yeux éteints, les rêves se disloquent, la musique se boursoufle et les plaisirs s'aseptisent.
La glace reflète une silhouette effritée, comme sculptée dans une neige prématurée. On ignore ce qu'il y a de mieux pour ce chef-d'½uvre incompris : consolider son allure ou liquéfier sa substance. Combien de flocons pour figer son vernis ? Ou combien d'étincelles pour libérer la sueur figée de ses efforts oiseux ? Trop. Le buste enneigé est pris au piège : il demeure entre gel et dégel ; dans cet état de grâce parfaite où la fragilité de l'être frôle la rigidité de l'écorce.
Demain, comme tous les jours, j'écrirai.


Quentin

# Posté le lundi 03 septembre 2007 15:05

Je hais les gens.

Je hais les gens.
*
*
*

Quand y'en a marre, y'a Malabar .
*
*
F.

# Posté le dimanche 07 octobre 2007 07:30

Modifié le dimanche 07 octobre 2007 09:52

" La mort, ce serait le rêve si, de temps en temps, on pouvait ouvrir l'oeil. " (Jules Renard)

" La mort, ce serait le rêve si, de temps en temps, on pouvait ouvrir l'oeil. " (Jules Renard)
*
A deux petits bonshommes qui se ressemblent pas mal,

Il pleurait l'âme regrettée. Le glacis de ses yeux flétris se mêlait à la folie de ses larmes grises. Elles roulaient dans le creux de son épaule. Un océan y baladait bientôt ses vagues et leur robe écumeuse. Un timide soleil se noyait. Des algues bleutées ondulaient, embrassant quelques bulles aquatiques de leurs bras effilés. Un lune de mer calotta son petit frère d'une chiquenaude de nageoire caudale parce qu'il avait la tête dans les nuages. Un vieux pêcheur qui passait devant l'océan y plongea son hameçon, qui, imprécis, bringuebalait de toute part creusant d'innombrables cratères de lune. Il finit par le capturer et remonta sa touche. Le grand-père, hilare, porta sa canne à hauteur des cieux et y accrocha le poisson.


Quentin.

# Posté le jeudi 11 octobre 2007 15:53

Modifié le samedi 13 octobre 2007 14:16